Introduction de la CGT

Meeting du 11 février 2015

Ce meeting est une étape importante de notre campagne « Pour ne plus perdre sa vie à la gagner ». La pétition, ce meeting, vont nous permettre d’organiser les états généraux par la suite car nous ne pouvons et ne devons pas rester dans le simple constat. Nous devons dépasser le seul ressentiment, avec les limites de l’indignation face aux trahisons et humiliations de celles et ceux qui devaient assurer le « changement maintenant ». Nous ne pouvons en rester à la simple addition des revendications catégoriels, des intérêts particuliers alors que la crise est un appel à se rassembler pour l’intérêt général, les intérêts du monde du travail. Mais aussi, et surtout, porter l’espérance que cette crise soit un appel à trier, à séparer ce qui vaut de ce qui ne vaut pas, les concepts opérant et les lieux communs. Car une crise interdit tout maintien à l’identique, tout retour au passé. Nous devons donc inventer, chercher, reconstruire, transformer, portés par l’ambition de conquête et de reconquête dans une œuvre de conservation et de dépassement.

Nous sommes parvenus aux limites d’un système du minimax : Minimum de dépenses et maximum de rendement, avec des conséquences tragiques pour le monde du travail. Pour autant, les attaques contre les travailleurs s’amplifient encore en essayant de museler leur parole sur leur travail. Pourtant, penser le travail ne peut pas se faire sans parler du travail concret, du travail réel en donnant la parole aux experts du travail, aux créateurs de richesses : les travailleurs eux-mêmes.
Les gouvernements successifs et le patronat se sont désintéressés et continuent de se désintéresser du contenu concret du travail au profit de son rendement économique. Qui sait quel rapport personnel chaque travailleur entretient avec son travail et les tâches dont il se compose ? Personne – sauf lui. Cette absence de reconnaissance de son expression sur son travail nous fait passer à côté d’une propriété dynamique essentielle de l’entreprise, celle de l’engagement. C’est croire en l’Homme, en son génie, pour construire « la cité du travail » comme nous l’enseigne Bruno Trentin dans son œuvre « la Cité du travail » où chaque travailleur devient citoyen et trouve son pouvoir et sa capacité d’agir. Nous le savons bien, c’est par cette capacité d’agir que le travailleur préserve sa santé au travail, par sa possibilité de s’exprimer directement sur le travail, sur son travail.

C’est dans le réel du travail, que l’individu retravaille toujours ce qui lui est prescrit. Ainsi, nous touchons là, le cœur d’une désobéissance susceptible de faire surgir la perspective des renversements à venir. Car les femmes et les hommes ne sont jamais totalement victimes de la parcellisation des tâches, des modes d’organisation du travail. Ils ne sont jamais totalement assujettis à la gestion, au marketing, à la communication. Car le travailleur recentre toujours le cadre prescrit de son activité professionnelle autour de ses propres normes de vie. Ainsi, au travers du moindre de ses actes, dans son activité réelle, il se construit, tisse des liens avec les autres, produit du lien social, de la solidarité, de la société et de la subversion. Un formidable potentiel pour le syndicalisme et l’ensemble de celles et ceux en recherche de temps nouveaux.
Ainsi, en affirmant les liens entre les enjeux du travail, de santé et l’organisation des solidarités tout au long de la vie s’affirme l’urgence et la pertinence d’une approche intégrant sécurité sociale « santé » et sécurité sociale « professionnelle ». Cette perspective s’inscrit dans une dynamique de lutte contre tous les processus d’exclusion et de prévention de la désinsertion professionnelle et institue la garantie collective de droits attachés à la personne.

Cette démarche demande de se dégager d’une culture réparatrice, redistributive, compensatrice du méfait accompli, pour s’engager dans des démarches de prévention, d’éducation et de promotion du travail et de la santé. Il faut donc remettre en cause cette conception de la santé au travail qui, en échange de conditions de travail pénibles, propose des contreparties financières. Le prix à payer pour ce marché de dupes est en effet trop lourd.

Comment défendre et améliorer les droits collectifs des travailleurs en matière de santé au travail ? Pour la CGT nous devons essayer de nous accorder sur l’ordre des priorités :
1/. Combattre le mal travail, les inégalités et l’exclusion ;
2/. Reconquérir la sécurité sociale pour une promotion de la santé ;
3/. Conquérir la sécurité sociale professionnelle.

Un renversement, pour et par une nouvelle répartition des richesses. C’est ouvrir une nouvelle ère de mise en sécurité sociale du monde du travail ! Car :
– A force de sacrifier le travail sur l’autel de la lutte pour l’emploi ;
– A force de faire l’impasse sur l’activité du travail elle-même, de ne pas comprendre les transformations de sa nature et de sa structure, celles qui sont à l’œuvre et celles qui devraient l’être, de négliger le débat sur la qualité d’un travail bien fait et l’efficacité d’un travail utile.

Le mal-travail et son cortège de pathologies, de souffrance, explose les dépenses, ravage l’économie, plombe le social, disloque le faire société avec ses semblables. Dissout la démocratie. La solution n’est pas de casser le code du travail, les IRP, les prérogatives des différents acteurs en santé au travail. Est-il possible, dans et par une politique globale du travail, de construire une politique de santé opérant le renversement : sortir des logiques exclusives de réparation pour penser et agir :
– Prévention,
– Education,
– Promotion du travail et de la santé ?

Est-il possible de sortir de la seule maîtrise des dépenses de santé à l’œuvre depuis 30 ans qui n’a rien réglé ? De nous sortir de la pensée unique sur les cotisations sociales, les considérant comme des charges sociales… pour s’engager à nouveau dans un nouvel équilibre de partage des fruits du travail, une nouvelle et meilleure socialisation, une régulation du capital au profit du travail.

Notre collectif, initiateur de cette campagne « Ne plus perdre sa vie à la gagner » montre qu’il est possible d’oser un dialogue, une confrontation positive sur tous ces sujets à l’image de nos aînés militantes et militants qui ont su trouver les voix du rassemblement, de l’action pour la création et la gestion de réalisations dépassant le marché et le libéral pour une réponse aux besoins de santé et le vivre ensemble.

Sans nostalgie, mais avec lucidité sur ce qui a été possible hier, ce qui le sera demain si ensemble, femmes et hommes de bonne volonté, honnêtes, nous portons une exigence transformatrice où se développent d’autres perspectives que la défense de l’ordre ancien et l’acceptation du désordre présent où s’engage une démarche qui se nomme démocratie. Car cette volonté, cette ambition impose la parole, l’écoute, le respect, la vérité et exige la participation de toutes et tous.

Christophe GODARD Secrétaire national de l’Union Générale des Fédérations de Fonctionnaires CGT Responsable santé-travail